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Yimby ! Une solution à la crise du logement ?

par | 26 Jan 2026 | Autres Articles

Alors que des élections municipales approchent, une tribune publiée en décembre 2025 dans Les Echos[1] et dont les trois premiers signataires sont Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), François Gemenne, l’une des principales voix médiatiques du GIEC dans le monde francophone et Laure-Anne Geoffroy, présidente de l’Union des architectes, appelle les élus à rejoindre le camp du Yimby. Dans un contexte de crise du logement, face à des mises en chantier historiquement basses, il s’agit selon eux de lever les obstacles auxquels se heurtent les projets de construction. Les contraintes réglementaires et les mobilisations de riverains motivées par la protection du cadre de vie, de type Nimby, sont particulièrement visées. Dans cet article, Eric Charmes analyse les enjeux du mouvement Yimby aux Etats-Unis et s’interroge sur la pertinence de son importation en France. Il rappelle notamment que, contrairement à ce qui est affirmé par beaucoup de promoteurs du Yimby, l’augmentation de l’offre ne suffit pas à rendre le logement plus abordable dans les grandes villes.

L’article d’Eric Charmes, ci-après, est suivi d’un texte publié au titre du droit de réponse, à la demande de trois des signataires de la tribune des Echos, David Miet, Jacques Lévy et Jean Coldefy. Leurs propos n’ont pas fait l’objet d’une évaluation par le comité de rédaction et n’engagent que leurs auteurs.


Aux Etats-Unis, une immense part des espaces urbains est zonée avec des limites de densité très basses, ce à quoi s’ajoutent l’impossibilité de diviser les parcelles et l’interdiction d’ajouter un logement, même à l’intérieur d’une maison déjà bâtie (ce que l’on appelle le zonage unifamilial). De surcroît, lorsque la réglementation autorise une construction, il est fréquent que les riverains se mobilisent pour empêcher sa réalisation. Ces restrictions et ces résistances sont depuis longtemps connues sous le nom de syndrome Nimby (not in my backyard) et sont l’un des leviers de l’exclusion des ménages modestes par les plus favorisés.
La très forte crise du logement que connaissent certaines métropoles des Etats-Unis, notamment en Californie, pousse à une mise en question de ce Nimbyisme. Diverses études soutiennent que les prix très élevés s’expliquent pour une part significative par les obstacles dressés devant la construction[2].  A partir de cette idée que plus d’offre est nécessaire pour rendre le logement abordable, le mouvement Yimby (yes in my backyard) s’est constitué en opposition au Nimby, avec notamment la volonté de débloquer la transformation des quartiers pavillonnaires.

Aux origines françaises : le Bimby

Le mouvement Yimby est né il y a une dizaine d’années et a depuis lors acquis un poids politique important dans l’ensemble des Etats-Unis, particulièrement dans les grandes villes. En France, il n’avait jusqu’ici pas beaucoup attiré l’attention, même si, dès 2017, Le Monde publiait un article sous le titre « Yimby contre Nimby : la nouvelle ligne de fracture californienne ».
En réalité, avant même que les premiers mouvements Yimby s’organisent, au début des années 2010, plusieurs chercheurs et professionnels, dont l’auteur de ces lignes, s’interrogeaient sur un modèle de transformation des quartiers pavillonnaires basé essentiellement sur le relâchement des contraintes réglementaires[3]. Un acronyme avait particulièrement suscité l’attention : Bimby, pour « Build in my backyard ».
Le débat s’était intensifié avec la suppression des COS (coefficient d’occupation des sols) à l’occasion du vote de la loi ALUR en 2014. Non seulement il n’a plus été possible de recourir à cet outil dans le cadre des nouveaux PLU, mais les COS existants ont été privés d’effet juridique. Dans le cas, fréquent dans les quartiers pavillonnaires, où les COS étaient les principaux outils de régulation, cela a entrainé une poussée de constructions qui a rapidement suscité de vives réserves parmi les élus[4]. Ceux-ci se sont en effet souvent heurtés à des protestations de riverains mécontents de voir leur environnement évoluer de façon mal maitrisée (avec par exemple des petits collectifs en cœur d’ilots pavillonnaires). Ils se sont également inquiétés d’une augmentation des charges pour leur collectivité sans recette correspondante. En effet, le seul relâchement des contraintes réglementaires ne permet pas le financement des équipements, infrastructures et réseaux rendus nécessaires. Le modèle BIMBY, à l’époque, c’était « bénéfices privés » (pour les propriétaires qui faisaient construire dans leur jardin) et « coûts publics ».

Face à ce constat, diverses réflexions ont été menées. Du côté de la sphère privée, plusieurs acteurs ont étoffé et affiné leur offre pour accompagner la densification incrémentale des quartiers pavillonnaires[5]. Du côté de la sphère publique, diverses recherches, études et expérimentations ont été menées sous l’impulsion des CAUE[6], du PUCA[7], de l’Atelier des territoires[8] ou encore de l’Institut Paris Région[9].
Toute cette effervescence n’a pas conduit à une transformation significative des quartiers pavillonnaires. Le potentiel est pourtant énorme : le ministère du Logement estime à 190 000 le nombre de maisons qui pourraient être construites chaque année dans les quartiers pavillonnaires existants[10]. On peut bien sûr discuter le besoin en nombre de logements, on peut aussi considérer que les jardins privés ont une valeur écologique qu’il s’agit d’entretenir, plutôt que de les considérer comme de simples réserves foncières[11]. Il n’empêche, pour produire du logement sans étalement urbain, la densification des quartiers pavillonnaires est un enjeu central.

Schématiquement, deux grandes options existent actuellement. La première, que certains urbanistes, dont l’auteur de ces lignes, défendent depuis longtemps, consiste à se doter des moyens de réaliser des projets d’ensemble. Il s’agit par exemple d’identifier un axe structurant dans un quartier et d’y flécher la densification pour y produire une rue commerçante ou ce que les Nord-Américains appellent une main street[12]. Les réflexions en cours autour des « Secteurs de renouvellement pavillonnaire » (SRP) pourraient aider à la mise en place de ce genre de projet[13]. Mais on en encore loin du compte.
La seconde, potentiellement complémentaire de la première, consiste à persister dans la voie ouverte avec le Bimby pour privilégier la transformation par l’addition d’initiatives individuelles et le relâchement des contraintes réglementaires. La tribune publiée dans les Echos qui a suscité la rédaction de cet article s’inscrit dans cette perspective. Selon ce texte, le Nimby est le principal obstacle auquel se heurte la densification dans les quartiers pavillonnaires. La situation est volontairement dramatisée : « A l’aube des élections municipales, chaque élu, chaque militant, chaque citoyen doit se poser une simple question : dans quel camp suis-je en matière d’urbanisme ? Celui du oui ou celui du non ? Ce manichéisme n’est pas une exagération. Il n’y a pas de voie médiane, pas d’en même temps, de nuance. Soit vous freinez la production de logements et devez assumer d’aggraver la crise du logement, soit vous décidez d’augmenter le stock de logements » [en rejoignant le camp du Yimby].

Difficile de dire si cette tribune annonce le lancement d’un mouvement Yimby en France, mais vu l’importance du mouvement aux Etats-Unis, il vaut la peine qu’on s’arrête sur les enjeux et la pertinence de son importation en France[14].

Le logement contre les potagers

Si la version papier de la tribune est intitulée « Le camp du oui », la version en ligne apparaît sous le titre suivant : « Oui, mais pas chez nous ! Sous couvert de vertu environnementale, le camp du non aggrave la crise du logement ». Et sur LinkedIn, plusieurs signataires ont directement mis en cause les villes gouvernées par des coalitions dont les Verts sont partie prenante.

La chose n’est guère surprenante. L’écologie est étroitement entremêlée aux résistances contre les projets de construction. Une grande partie de la force des mouvements dits Nimby se trouve là. L’écologie est souvent pour eux un moyen commode de draper leurs intérêts particuliers dans l’intérêt général : si leur influence politique ne suffit pas à préserver leur cadre de vie, ils peuvent arguer de la nécessité de protéger la nature en ville. S’ajoute une sympathie spontanée pour le petit propriétaire face aux appétits des promoteurs. C’est là une vieille affaire que Jacques Dutronc a participé à inscrire dans l’inconscient collectif avec ce refrain : « De grâce, de grâce, monsieur le promoteur / De grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs ».
La chanson, Le petit jardin, remonte à 1972. Depuis, l’écologie a gagné du poids dans les débats publics et dans les politiques publiques. Et la planification urbaine s’est progressivement trouvée prise dans une tension. D’un côté, la lutte contre l’étalement urbain, dont l’objectif ZAN est l’incarnation la plus récente, pousse à la densification ; d’un autre côté, les politiques de renaturation des villes invitent à préserver les espaces végétalisés[15].
S’ajoute à cela le fait que si, entre les années 1990 et 2010, l’idée dominait dans les milieux écologistes, que plus une ville est dense plus elle est vertueuse sur le plan écologique. Ce n’est plus aussi nettement le cas aujourd’hui. Le renouveau des mouvements néo-ruraux, critiques de la société de consommation et de la métropolisation, est passé par là[16]. Enfin, les impacts environnementaux de la construction neuve sont de plus en plus fréquemment mis en cause. Récemment, l’ADEME a produit 4 scénarios sur la manière dont la France peut faire face à ses engagements climatiques d’ici 2050. Dans deux de ces scénarios, la construction de logements neufs reste sous la barre des 100 000 logements par an. Il est même envisagé dans le scénario « génération frugale » que ce rythme se rapproche de zéro après 2040[17].

Ce poids des considérations écologiques se retrouve dans la naissance du mouvement Yimby. La presse s’accorde à situer l’acte de naissance du mouvement à West Berkeley, à proximité de San Francisco.

Là où tout a commencé[18]

Lors des auditions organisées par le conseil de la ville pour évaluer un projet immobilier, une riveraine s’est présentée pour exposer son point de vue. Elle a brandi une courgette pour expliquer que la construction ferait de l’ombre à son potager et que, sans soleil, les légumes ont du mal à pousser. La vidéo est devenue virale, beaucoup se demandant, faussement ingénus, s’il fallait vraiment renoncer à se loger correctement pour des courgettes.

La courgette de la discorde[19]

La puissance rhétorique de la question fut d’autant plus forte que le projet était modeste (il s’agissait de remplacer une maison d’une centaine de m² par deux maisons d’un étage[20]) et que la crise du logement contraignait certains salariés à dormir dans leur voiture, faute de logements abordables[21]. La région de San Francisco abrite en effet une grande part des entreprises dites de la tech, et l’afflux de professionnels extrêmement bien rémunérés avait fait monter la demande et les prix.

Un mouvement transpartisan ?

Le mouvement a pris corps médiatiquement en mettant en cause un symbole de l’engagement écologique : le potager. Et il l’a fait dans un bastion démocrate : à Berkeley, en 2020, Joe Biden a obtenu 94 % des suffrages contre 4 % à Donal Trump[22]. D’une manière générale, beaucoup des villes où la crise du logement est la plus sévère sont gérées par des démocrates et les Yimbies mettent souvent en cause les politiques environnementales. A l’inverse, les territoires où l’application des idées Yimby est réputée avoir fait baisser les prix sont plutôt républicains. Le mouvement a enregistré un de ses plus importants succès dans le Montana, état dont le gouverneur est un soutien de Donald Trump[23].
Au-delà de ces éléments de contexte, le cœur idéologique du mouvement penche à droite. Dans la littérature académique, le mouvement Yimby est généralement classé du côté du néolibéralisme[24]. De fait, les politiques de l’offre qu’il défend sont plutôt favorables aux opérateurs privés du marché. Et le mouvement vise en premier lieu le relâchement des contraintes réglementaires.

Cela étant, le néolibéralisme, depuis longtemps, ne séduit pas qu’à droite. Par ailleurs, le mouvement agrège un vaste corpus de revendications et d’idées[25]. Une de ses stratégies, que l’on retrouve dans la tribune publiée par Les Echos, est de constituer des alliances transpartisanes. Pour cela, le mouvement se concentre sur des mobilisations locales plutôt que nationales (ce qui permet d’éviter une politisation clivante des débats) avec un objectif simple et en apparence consensuel : produire plus de logements pour loger plus de gens.

Cet objectif peut se comprendre comme produire plus de logements abordables, ce qui parle aux mouvements libéraux (au sens étasunien du terme). Mieux, certains courants yimbyistes défendent des formes de soutien à la demande. Cela a progressivement valu au mouvement des sympathies chez des élus démocrates, jusqu’à ce que Kamala Harris prenne publiquement parti en faveur du Yimbyisme lors de sa campagne présidentielle en 2024[26].
Une illustration de la capacité du mouvement Yimby à couvrir une large part du spectre politique est le ralliement de Zohran Mamdani lors de sa campagne électorale victorieuse de 2025 pour la mairie de New York. Celui-ci est en effet considéré comme très à gauche aux Etats-Unis (il est membre du courant socialiste au sein du parti démocrate).
Cela étant, le ralliement de Zohran Mamdani n’est pas venu sans condition. De fait, pour des raisons qui seront précisées un peu plus loin, beaucoup d’électeurs de gauche s’opposent au Yimby parce qu’ils craignent que, sans contrôle, la libéralisation du marché immobilier fasse monter les prix. Ils ont été rassurés par le fait que Zohran Mamdani a pris des positions fortes en faveur du contrôle des loyers[27] (disposition qui concerne actuellement environ 22 000 logements de New York contre près d’un million dans les années 1970[28]).
Dans la vision du monde binaire défendue par certains Yimbies, et reprise dans la tribune publiée par Les Echos, cela lui avait valu d’être rangé dans le camp des Nimbies, un « Nimby de gauche » certes (« left Nimby »), mais un Nimby quand même. En effet, le contrôle des loyers est communément considéré par les économistes orthodoxes comme une mesure malthusienne, qui contraint le marché et réduit les investissements dans l’immobilier[29].

On reviendra sur ce point, mais restons-en à ce que cela dit du positionnement politique du mouvement Yimby. La notion de Nimby de gauche[30] et la réduction du contrôle des loyers au Nimbyisme illustrent les limites des revendications au transpartisanisme du mouvement Yimby. La notion de Nimby a été popularisée aux Etats-Unis par les études urbaines critiques, pour critiquer l’entre-soi et l’égoïsme des habitants des suburbs. L’auteur de référence est Mike Davis avec City of Quartz, pamphlet sur Los Angeles publié en 1990[31]. Dans la définition qu’il donne à la notion, être de gauche, et surtout de gauche radicale, c’est s’opposer aux Nimbies.
Mais comme beaucoup de notions critiques, lorsqu’elles se diffusent dans la société, celles-ci voient leur sens évoluer. La littérature universitaire a souligné depuis longtemps comment le syndrome Nimby a été utilisé pour disqualifier toutes les luttes locales, y compris les luttes environnementales, en les renvoyant à une forme d’égoïsme. Le mouvement Yimby n’a fait qu’amplifier cette réappropriation de la critique des Nimbies par les opérateurs du marché immobilier[32]. Dans cette perspective, le Nimby est devenu une notion attrape-tout qui permet avant tout de disqualifier tout ce qui s’oppose à la construction, quelle qu’en soit la motivation.

Plus d’offre ne fait généralement pas baisser les prix

Au-delà des affiliations partisanes, le cœur du débat est de savoir si l’offre fait baisser les prix. Les signataires de la tribune des Echos n’ont pas de doute sur ce point, parlant même de « logique implacable ». Cette conviction est assez largement partagée au sein du mouvement Yimby, considérée même comme une évidence. Dans l’article consacré par Wikipédia au mouvement Yimby, une section entière est dédiée à l’explication des mécanismes par lesquels l’offre fait baisser les prix[33]. Le propos reprend la courbe bien connue de la variation des relations entre prix et offre selon la demande.

On le sait, l’économie orthodoxe repose sur un ensemble d’hypothèses assez restrictives qui font que la réalité a souvent tendance à s’éloigner de la théorie. Pour ce qui est de l’immobilier, on peut se demander si la théorie ne construit pas une réalité parallèle. D’abord, il y a offre et offre : même dans une ville où la construction est dynamique, les transactions concernent en large majorité des logements anciens, déjà bâtis. Et plus un quartier est attractif, à proximité d’un grand centre urbain, plus la part de l’ancien est importante. Dans ce cas, les prix sont fixés par la demande. Ils sont d’abord déterminés par l’attractivité du quartier et de la ville et par des facteurs non-locaux (comme les taux de crédits immobilier, la conjoncture économique, les politiques de soutien à l’achat ou à l’investissement, etc.).

Certes, le mouvement Yimby s’intéresse avant tout à des quartiers pavillonnaires peu denses où le potentiel de construction est important. Pour autant, si on se préoccupe uniquement de l’effet d’une augmentation de l’offre, il est très présomptueux d’affirmer qu’elle fait mécaniquement baisser les prix. Au début des années 2010, Jacques Friggit, avait analysé la littérature disponible[34]. Il apparait qu’à une augmentation de 1 % du parc de logements correspond une baisse de 1 à 2 % des prix. Cela représente une baisse modeste pour une augmentation elle très substantielle (à l’échelle de la France métropolitaine, 1 % c’est près de 370 000 logements).
Ce calcul vaut pour un pays et toutes choses égales par ailleurs. Pour une ville, si le marché est dynamique (et les prix élevés) l’augmentation de l’offre se cheville à d’autres mécanismes souvent plus puissants. Ainsi, lorsqu’elle vise la densification d’un quartier, la levée des contraintes réglementaires (ce que les urbanistes aux Etats-Unis appellent l’upzoning) peut être un vecteur de gentrification ou en tout cas d’augmentation des prix[35]. Diverses études qualitatives et quantitatives le démontrent, notamment à New York[36].  En France, dans les grandes villes, l’ouverture à la densification d’un quartier pavillonnaire bien placé fait monter les prix des maisons, leur valeur d’usage devenant inférieure aux droits à construire. Et les appartements qui sont construits ont souvent un prix comparable à celui des maisons qu’ils ont remplacées.

Enfin, si la politique de densification est plus massive et menée à l’échelle d’une métropole, elle peut accompagner des logiques de métropolisation et de montée en gamme. Les cas de Bordeaux quand Alain Juppé en était maire et de Lyon sous Gérard Collomb l’ont bien montré. Ce mécanisme est d’autant plus marqué que les stratégies des acteurs de la construction neuve limitent les baisses de prix. Comme l’a montré à plusieurs reprises Yann Gérard sur ce site, dynamisme de la construction neuve et hausse des prix sont empiriquement deux phénomènes conjoints, soit l’inverse de ce que prétendent les Yimbies[37].

Autre point essentiel, le marché immobilier est en large part déterminé par les marchés fonciers. C’est particulièrement le cas pour la construction neuve qui est au centre du programme des Yimbies. Or ce n’est pas la même chose de produire des logements peu couteux sur du foncier agricole à moins d’un euro le m² que dans un quartier pavillonnaire en première couronne d’une grande ville où une maison sur 400 m² de terrain vaut 500 000 €.

La cause cachée de l’étalement urbain

Là réside une ambiguïté très fréquente des discours yimbyistes. Ceux-ci mettent en avant la densification dans les secteurs résidentiels attractifs, desservis par les transports en commun, ce qu’illustre un récent article du Guardian sur Melbourne[38]. Mais, dans les grandes métropoles, lorsque les prix restent modérés (ou plus exactement montent moins vite qu’ailleurs), c’est généralement lié à l’étalement urbain[39].

En Australie, comme aux Etats-Unis ou en France, l’accession à la propriété a pendant des décennies été facilitée par l’ouverture à l’urbanisation de terrains agricoles peu coûteux. Les logements construits sur ces terrains ont été d’autant plus abordables que la maison est le logement le moins onéreux à construire[40].
Ce constat est, semble-t-il involontairement, confirmé par le seul exemple mis en avant par la tribune publiée par Les Echos, celui d’Austin au Texas, présenté comme un « laboratoire » du mouvement Yimby[41]. Austin est effectivement emblématique des villes où l’on construit beaucoup et où les prix sont relativement bas (même s’ils montent). Un graphique évocateur a été publié en 2024 dans le Financial Times. L’opposition entre la Californie et le Texas est nette.

Analyse de l’évolution des prix en Californie et au Texas par John Burn-Murdoch
(Source : Financial Times, 2024[42])

L’un des signataires de la tribune, David Miet, a reproduit ce graphique dans un article où il dit partager le point de vue de son auteur, John Burn-Murdoch, selon qui il faut « arrêter de parler de crise du logement, pour parler plutôt d’une crise de la planification et des autorisations de construire »[43]. De fait, à Austin, il est devenu possible de construire des petits immeubles plutôt que les ubiquitaires maisons unifamiliales.
Le problème est que tout laisse penser que l’étalement urbain demeure l’un des principaux facteurs de modération des prix à Austin[44]. A l’instar de Melbourne, si la ville d’Austin se densifie, elle ne contrôle pas ce qu’il se passe au-delà de ses limites. Si certains appartements sont construits dans les proches banlieues situées dans la juridiction d’Austin, beaucoup d’autres le sont en extension sur des zones non bâties, loin du centre.

A sign advertising a new apartment community on Wells Branch Pkwy, in far north Austin.

« The sprawl apartment boon; Affordable apartments in Austin are often barely in Austin » Article de Jack Craver, mis en ligne le 10 mars 2025 sur le site austinpolitics.net[45]

 
Bien évidemment la tribune publiée dans Les Echos promeut la densification et tous les signataires défendent le ZAN[46]. Mais si la tribune met en avant le cas discutable d’Austin, c’est qu’il est délicat de trouver des exemples de grandes villes où les préconisations des Yimbies permettent d’avoir des prix bas, une construction neuve très dynamique et un étalement contenu. En écrivant cela, il ne s’agit évidemment pas de défendre l’étalement urbain, mais de souligner la complexité du sujet et son intrication avec des enjeux d’urbanisme et d’aménagement.

L’enjeu du logement abordable

Dans un article régulièrement repris par des sites qui font la promotion du Yimby, trois chercheuses ont analysé ce qu’elles appellent le « scepticisme de l’offre »[47], nourri selon elles par les réflexions du type de celles développées ci-dessus. Leur conclusion est évidemment favorable au Yimby. Pour limiter la pression sur les prix, il faut réduire le décalage entre l’offre et la demande, et construire plus.
Les trois chercheuses précisent cependant que ce n’est « pas suffisant » : « une intervention publique est essentielle pour garantir l’ajout d’une offre abordable pour une large gamme de revenus ».  Cet article a été publié en 2019. En 2025, la revue qui l’a publié, Housing Policy Debate, a consacré un dossier au « scepticisme de l’offre ». Le débat est assez technique, mais une chose est claire : une politique de l’offre ne suffit pas à faire baisser les prix et il y a de bonnes raisons d’être « sceptique » face aux personnes qui affirment le contraire.

Favoriser l’offre est une chose. Faire en sorte que celle-ci soit abordable en est une autre. Et l’opposition binaire contre le Nimby de gauche avec laquelle le mouvement Yimby s’est construit gêne cette distinction pourtant essentielle. Comme on l’a vu, l’encadrement des loyers est rejeté par de nombreux Yimbies. Pour eux, une telle mesure est nimbyiste. Leur rejet est d’autant plus net que de nombreux économistes considérent que les effets négatifs dépassent les effets positifs, surtout à long terme[48].

Les critiques des économistes ne valent cependant que si on appréhende l’immobilier uniquement comme un marché. Si au contraire on considère que le logement n’est pas réductible à un bien marchand, les choses apparaissent plus complexes. Le logement est une question politique en ce qu’il est non seulement un droit, mais aussi une clé d’accès à un environnement social, à un bassin d’emploi, à un ensemble de services et d’équipements. La crise du logement met avant tout en cause le coût de cette clé d’accès.

La production d’une offre nouvelle ne suffit pas à traiter ces questions politiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles, en France, comme dans de nombreux autres pays, diverses formes de « maitrise » des loyers sont à l’œuvre. Ainsi le logement social représente près de 44 % du parc locatif. A cela s’ajoute le parc privé loué dans le cadre des différentes mesures de défiscalisation dont la contrepartie est un loyer plafonné. Enfin, sur le marché libre, une fois le bail signé, l’augmentation des loyers est plafonnée par un indice (l’IRL) et ce plafonnement vaut lors d’une remise en location (sauf en cas de travaux importants). Jusqu’où l’orthodoxie économique disqualifie-t-elle politiquement ces mesures ?  La dernière, peu contestée en France, est pourtant considérée dans de nombreux pays comme un « contrôle des loyers » en bonne et due forme.

Certes, le mouvement Yimby, sur le terrain et localement, est loin d’être fermé idéologiquement. Les personnes engagées dans le mouvement ne sont pas toutes opposées à des formes de régulation du marché, y compris lorsqu’il s’agit d’encadrement des loyers. Le ralliement de Zohran Mamdani, comme la signature de la tribune des Echos par la présidente de l’Union sociale pour l’habitat le montrent.

Mais il faut y insister, au cœur du mouvement Yimby se retrouve le mantra selon lequel plus d’offre fait baisser les prix. De nombreux signataires de la tribune publiée par Les Echos en sont persuadés[49]. Certains expliquent même, un brin condescendants, que c’est le genre de chose que l’on apprend en première année de licence d’économie. C’est malheureusement faire trop d’honneur à la théorie néoclassique et faire peu de cas de la complexité des marchés immobiliers et fonciers.

Une logique trop binaire…

Résumons l’essentiel : d’abord le mouvement Yimby s’est constitué selon une logique d’opposition au Nimbyisme, mais ce dernier est défini en couvrant un très large spectre de postures politiques. Le Nimbyisme, vu des Yimbies, c’est l’opposition des riverains à un projet de logements de sociaux, mais ce sont aussi les mesures de protection de la nature et les réglementations qui limitent la densification.

Ensuite, face à cet adversaire aux contours très larges, le Yimby se veut transpartisan car fondé sur le bon sens. Pourtant, il s’agit d’une approche néo-libérale de l’urbanisme, centrée sur l’idée qu’il faut libérer les initiatives privées des contraintes auxquelles elles se heurtent. Mais cette libération ne suffit généralement pas à faire baisser les prix, surtout lorsque l’étalement urbain est exclu. Beaucoup d’éléments montrent que, pour qu’une offre nouvelle abordable apparaisse dans les grandes villes où le marché est tendu, il faut une intervention publique forte.
Sur ce point, cet article a insisté sur le contrôle des loyers, mais de nombreuses autres questions doivent être posées. Dans quels quartiers construire ? Comment, avec quel projet urbain ? Avec quelle prise en considération des enjeux de préservation des espaces végétalisés ? Et pour loger qui, avec quelles parts de BRS, de logements sociaux ? Avec quelle maitrise foncière ? Avec quelles modalités de financement des équipements collectifs et des réseaux ?

Enfin, un débat surplombe cette discussion. Il n’a été qu’effleuré, et il sort du cadre de cet article, mais on ne peut interroger la question du logement abordable sans mettre en cause l’aménagement du territoire, avec la concentration des énergies économiques dans les grandes métropoles.  Faut-il continuer à construire dans ces métropoles ou encourager la demande dans les villes petites et moyennes ? Jusqu’où et comment peut-on mobiliser les logements vacants, les résidences secondaires ? Autant de questions très éloignées de la logique binaire dans laquelle certains Yimbies enferment le débat.


[1] Cette tribune a été mise en ligne le 5 décembre 2025 sous le titre « Oui, mais pas chez nous ! Sous couvert de vertu environnementale, le camp du non aggrave la crise du logement ».
[2] Voir entre autres, Paavo Monkkonen, Michael Lens et Michael Manville, Built-Out Cities? How California Cities Restrict Housing Production Through Prohibition and Process, UC Berkeley, 2020.. Voir aussi cette analyse de Eric Biber, Giulia Gualco-Nelson, Nicholas Marantz et Moira O’Neill, “Small Suburbs, Large Lots: How the Scale of Land-Use Regulation Affects Housing Affordability, Equity, and the Climate”, Utah Law Review, 2022.
[3] Voir notamment le dossier « La densification pavillonnaire en débat » ouvert en 2013 par la revue en ligne Métropolitiques, et en particulier l’article de Sylvain Petitet, « Densifier l’habitat pavillonnaire : des démarches individuelles aux projets collectifs », mis en ligne le 20 mars 2013. Voir aussi Eric Charmes, « La transformation des quartiers pavillonnaires en question », La Revue foncière, n° 2, novembre-décembre 2014.
[4] Sur ce sujet voir Maryame Amarouche, « La « densification douce » de l’Ouest lyonnais, une démarche d’intérêt métropolitain ? » in Quand la métropole cesse de s’étaler, Autrement, 2022, p. 66-73.
[5] Voir le dossier « Réenchanter les zones pavillonnaires : vers une transformation en douceur », publié en 2025 dans le n°171-172 d’Opérations immobilières.
[6] Voir par exemple la démarche entreprise dans la deuxième moitié des années 2010 par le CAUE de l’Ain à Bourg-en-Bresse, Prévessin-Moëns et Thil.
[7] Avec notamment ce livre La densification résidentielle au service du renouvellement urbain : filières, stratégies et outils, publié en 2015 sous la direction d’Anastasia Touati et de Jérôme Crozy.
[8] Voir ce livre publié sous la direction de Jean-Michel Léger et Béatrice Mariolle : Densifier-dédensifier. Penser les campagnes urbaines, Parenthèses, 2018.
[9] Voir le volumineux rapport publié en 2024 : « Agir sur les trajectoires du pavillonnaire, sorts et ressorts de l’habitat individuel en Ile-de-France. Stratégie et outils »
[10] Voir cette dépêche d’AEF info datée de décembre 2025 : Simi : le ministère du Logement présente sa « feuille de route » pour…
[11] Voir Eric Charmes, « Jusqu’où les surfaces urbanisées sont-elles «artificialisées» ? A propos du projet de nouveau décret sur la nomenclature des sols », Fonciers en débat, mis en ligne le 25 juin 2023.
[12] Voir Laura Vaughan (Ed.), Suburban Urbanities, UCL Press, 2015.
[13] Ces réflexions sont portées notamment par Grand Paris aménagement. Voir le n° 171-172 d’Opérations immobilières cité ci-dessus.
[14] Les propos qui suivent prennent appui sur les commentaires de plusieurs signataires suite à un post de l’auteur de ces lignes sur Linkedin . Les concernés sont par ordre de nombre de commentaires : David Miet, Jean Coldéfy, Bertrand Moine, Denis Carraire et Jacques Lévy.
[15] Sur ces politiques, voir : Cahier accompagnement_Axe2_Renaturation.pdf
[16] Voir Eric Charmes, « L’écologie politique contre les métropoles ? », La vie des idées, mis en ligne le 17 octobre 2023
[17] Voir cette analyse, incluant d’autres scénarios : 220329_cp_construction-neuve-renovation-points-communs-scenarios.pdf
[18] Cette image est extraite d’un article bien documenté de WBUR, mis en ligne en 2018 ‘Yes In My Backyard’ Movement, YIMBY, Grows As Bay Area Housing Tightens | Here & Now
[19] Vidéo identifiée dans l’article de WBUR cité en note 18.
[20] Voir l’article de WBUR cité ci-dessus
[21] Le phénomène était tellement marquant que même les médias français en ont parlé. VIDEO. Etats-Unis : les Américains de plus en plus nombreux à dormir dans leur voiture
[22] Voir la page de Wikipédia dédiée à Berkeley et à son gouvernement : Berkeley, California – Wikipedia
[23] Voir cette analyse publiée en septembre 2024 par The Atlantic : The YIMBYs Won Over the Democrats – The Atlantic
[24] Voir cet article de Robert W. Lake, “YIMBYism Then and Now”, International Journal of Urban and Regional Research, vol. 46, n°2, 2022
[25] Pour une discussion académique récente de cette diversité d’alignements politiques voir cet article de N.R. Brouwer et Jessica Trounstine, « NIMBYs, YIMBYs, and the Politics of Land Use in American Cities », Annual Review of Political Science, vol. 27, 2024
[26] Voir l’article de The Atlantic cité ci-dessus.
[27] Voir cet article publié en novembre 2025 par The Atlantic : Mamdani Has a Point About Rent Control – The Atlantic
[28] Source : Metropolitan Council on Housing : Rent Control – Met Council on Housing
[29] Voir cette revue de littérature de Konstantin Kholodilin, “Rent control effects through the lens of empirical research: An almost complete review of the literature”, Journal of Housing Economics, vol. 63, 2024.
[30] Sur cette notion, voir cet article concernant le Québec : Christine Prémat, « Pas dans ma cour » : Les deux faces du NIMBYisme québécois », The Conversation, mis en ligne le 27 octobre 2025.
[31] Une traduction ce livre a été publiée en 1997 par La Découverte.
[32] L’ambivalence de la critique des Nimbies est repérée depuis longtemps. Dans la littérature universitaire française, voir cet article : Arthur Jobert, « L’aménagement en politique. Ou ce que le syndrome NIMBY nous dit de l’intérêt général », Politix, vol. 11, n°42, 1998.
[33] Voir : YIMBY – Wikipedia
[34] L’article, signalé par Yann Gérard dans un de ses articles, est accessible en ligne ici : Construction et prix immobilier.
[35] Sur ce point un article de référence est : Andrès Rodríguez-Pose et Michael Storper, “Housing, urban growth and inequalities: The limits to deregulation and upzoning in reducing economic and spatial inequality”, Urban Studies, vol. 57, n°2, 2019.
[36] Voir par exemple cet article : Jenna Davis, “How do upzonings impact neighborhood demographic change? Examining the link between land use policy and gentrification in New York City”, Land Use Policy, vol. 103, 2021.
[37] Voir notamment ce texte : Yann Gérard, « Promotion immobilière : Le mirage du choc d’offre », Fonciers en débat, mis en ligne le 16 décembre 2022. Voir aussi cette analyse macro de Jacques Friggit au titre très explicite « Le niveau de la construction influe peu sur le prix des logements« , Études Foncières, septembre-octobre 2013.
[38] Article mis en ligne dans le Guardian le 11 janvier 2026 avec le titre : “Melbourne is in the middle of a housing revolution – have the yimbys already won?
[39] Voir notamment ce reportage vidéo récent sur l’étalement urbain autour de Melbourne : Melbourne’s Outer Suburbs Are a Dystopian Nightmare. Voir aussi cet article : Which Australian city is sprawling the most? | Charting Transport. Et cette analyse du marché proposée par le Guardian dans un article mis en ligne en octobre 2025 : « Once Australia ‘s second priciest city, Melbourne has become more affordable. What happened and will it last? ».
[40] Voir les travaux d’Arnaud Bouteille et notamment : « Une autre histoire de la maison individuelle », Interview d’Arnaud Bouteille par Eric Charmes, Fonciers en débat, mis en ligne le 24 janvier 2025
[41] La conférence annuelle Yimby town s’y est tenue en 2024. Voir ici : YIMBYtown 2024 Conference, Austin, TX, Feb 2: 6-28, 2024
[42]  L’article du Financial Times est accessible ici : What Texas can teach San Francisco and London about building houses
[43] Voir cet article mis en ligne en avril 2024 : Derrière la crise du logement, une crise de la planification
[44] Voir cet article du site de Harlo Pippenger qui propose des « réflexions non néolibérales sur l’urbanisme, les transports en commun et le changement climatique » : Austin and the Limits of YIMBY – by Harlo 
[45] L’article est bref, mais les photos sont parlantes : The sprawl apartment boom
[46] Voir notamment ce texte publié par David Miet dans La Grande conversation, revue du think tank Terra Nova : La densification douce, ou la miniaturisation de l’industrie immobilière à l’heure du ZAN.
[47] Voir Vicki Been, Ingrid Gould Ellen et Katherine O’Regan, “Supply Skepticism: Housing Supply and Affordability”, Housing Policy Debate, vol. 29, n°1, 2019.  Cet article est par exemple repris sur le site de Yimby Californie
[48] Voir la revue de littérature de Konstantin Kholodilin citée ci-dessus
[49] Du moins si l’on se fie à leurs posts sur LinkedIn. Cela concerne notamment Bertrand Moine, Robin Rivaton, Jean Coldéfy ou David Miet.

Réponse de David Miet, urbaniste, Jacques Lévy, géographe et Jean Coldefy, expert mobilité
23 avril 2026

Au-delà du malthusianisme urbain, YIMBY : pour une écologie de l’abondance et de l’accueil

Face à la crise du logement, il existe aujourd’hui un large consensus de façade : personne ne se déclare ouvertement opposé à la production de logements là où il en manque. Tout le monde est pour. L’objectif du mouvement YIMBY (Yes In My Back-Yard), et de la tribune que Les Échos ont publiée le 18 décembre 2025, est de faire apparaître derrière ce consensus apparent un Camp du Non qui, précisément, ne s’assume pas.

Car les acteurs qui produisent le logement rencontrent bien tous les jours des difficultés opérationnelles, administratives et juridiques qui ne doivent rien au hasard : elles résultent de décisions, de règles, de procédures, d’entraves et de blocages délibérés. Elles sont aussi, très souvent, alimentées par des acteurs que nous avons qualifiés de « NIMBY », en référence aux riverains qui, et c’est compréhensible, s’opposent fréquemment aux projets près de chez eux.
Plus largement : de nombreux acteurs, à différents niveaux, et de différents types (résidents, maires, mouvements politiques, professionnels, chercheurs et intellectuels), travaillent concrètement contre la production de logement au quotidien, tout en s’en défendant.
Parmi les stratégies pour s’opposer au logement sans l’assumer, l’une des plus efficaces consiste à invoquer la nuance, ou le manque de nuance, chez ceux qui s’’échinent à faire aboutir un projet de logement qui, s’il n’aboutit pas, manquera à l’appel.
Car le sujet de discorde réside bien ici : dans la nature quantitative du besoin en logement et de la réponse à y apporter. Dans un territoire donné, soit les logements sont en nombre suffisant, soit il en manque. Pas de nuance. Soit un logement est construit, soit il demeure à l’état de projet et ne peut héberger personne. Là encore, pas de nuance. Soit ce projet est construit au bon endroit, proche des commerces, des emplois et des services, soit il n’est pas construit ici et ceux qui projetaient de s’y loger devront aller voir ailleurs. Sans nuance, encore une fois. Soit un étudiant trouve un logement décent pour poursuivre convenablement les études qu’il a choisies, soit il va se trouver en grave difficulté, faute de logement, et parfois même obligé d’y renoncer : là encore la triste réalité de la crise du logement est bien binaire, sans nuance. Être logé là où l’on en a le besoin. Ou ne pas l’être.

On nous reprochera ici un manichéisme, un défaut de nuance. Le reproche est précisément celui que nous retournons : le choix de densifier ou non, de construire ou non un logement à tel endroit, est binaire — il ne souffre pas d’entre-deux. La nuance, elle, est tout entière dans la démonstration qui suit : sur les mécanismes de formation des prix, les effets de report, les coûts publics de l’étalement, les liens entre densification et biodiversité. Présenter l’affaire comme un affrontement entre « les binaires » et « ceux qui raisonnent », c’’est pour le coup manquer de nuance. Les éléments qui suivent montrent au contraire combien il faut aller au-delà des raisonnements rapides qui soutiennent, derrière un faux visage de nuance, une idéologie préexistante aux fondements fragiles.

Le procédé opératoire du Camp du Non, que les auteurs de la tribune YIMBY entendent dénoncer, est précisément celui-là : vous verrez rarement un élu local s’opposer à un projet de logement pour lui-même. Il sera « mal intégré », « pas de la bonne nature », « pas exactement comme il faut ». Idem pour les riverains : ce n’est jamais « le logement » le problème, mais la vue qu’il obère, les places de stationnement qu’il menace, les ombres qu’il projette, les habitudes qu’il bouscule. Les acteurs du Camp du Non ne s’opposent pas frontalement à la production d’une offre de logements, bien sûr, mais ils la contestent de façon indirecte, par l’empilement de conditions et de précautions (des « oui mais ») qui, mis bout à bout, finissent par produire un résultat très simple : moins de logements, des logements livrés plus tard, et au mauvais endroit.
Le Camp du Oui dit : « produire un logement en 2026 est tellement difficile que nous devons aligner toutes les forces en présence pour avoir une chance de réussir ». Le Camp du Non produit une force de désalignement permanente en disant : « Oui… mais construire ne suffit pas ».
Il se trouve que personne n’a prétendu que construire suffisait…
Ce « oui mais » de principe suffit à marquer un temps d’arrêt. Il suffit à insinuer le doute chez ceux qui ne doivent pourtant pas douter et faire preuve de courage politique pour autoriser et délivrer les logements qui manquent malgré les résistances locales.
Ainsi, même quand les objectifs du Plan Local de l’Habitat d’un territoire sont en retard de 50%, comme c’est aujourd’hui le cas dans de nombreux territoires en France, nous ne sommes plus certains, finalement, que ce soit si important, si essentiel, de faire les efforts nécessaires pour parvenir à produire l’offre nécessaire.

Le doute est installé, et c’est sur celui-ci que prospère le Camp du Non.
Quel doute ? Celui de la nécessité réelle de livrer le logement qu’on s’était donné pour mission de livrer ici et maintenant. Est-ce le bon logement ? Va-t-il vraiment loger les bonnes personnes ? En est-on sûrs ? N’est-ce pas un logement de trop ? Ne devrait-on pas mieux réfléchir ? Ne pas se précipiter ? Mieux analyser les besoins ? Et peut-être même instaurer un moratoire sur les projets en cours, le temps de mieux les examiner, comme l’ont proposé quelques candidats aux municipales de 2020 ?
Mais pendant qu’un certain nombre de personnalités sont ainsi occupées à saper la légitimité et l’urgence même de l’acte de bâtir, la presse locale nous rappelle tous les jours que les Français font la queue sur le trottoir pour la moindre annonce d’un appartement à louer dans nos grandes villes.

1 – Des procédés rhétoriques

L’article d’Éric Charmes publié dans Fonciers en débat et auquel nous souhaitons ici répondre, mobilise plusieurs procédés rhétoriques qui dépassent le simple débat d’idées entre les tenants du Camp du Oui et ceux qui souhaitent en contredire les positions. Nous les évoquons ici rapidement avant de passer au fond.

Caricature, d’abord : prêter aux YIMBY la thèse selon laquelle « l’augmentation de l’offre suffirait à rendre le logement abordable » — thèse que les auteurs de la tribune n’ont nulle part formulée. Procès d’intention, ensuite : rechercher des sujets sur lesquels les signataires ne seraient pas tous d’accord (le contrôle des loyers, par exemple), comme s’il fallait qu’une tribune collective sur le logement fût aussi une profession de foi exhaustive. Déformation : ramener le YIMBY à la seule densification pavillonnaire, par un raccourci avec le projet BIMBY dont l’acronyme est cousin, quand le YIMBY embrasse en réalité l’ensemble de la question du logement. Insinuations, enfin : qualifier le mouvement de « néolibéral » puis souligner son succès dans le Montana d’un gouverneur soutien de Donald Trump, en omettant que le tout nouveau maire démocrate de New York, Zohran Mamdani, vient de nommer des personnalités YIMBY au sein de son administration en charge du logement[1].

Le YIMBY n’est ni à droite ni à gauche : c’est un mouvement qui rassemble, partout dans le monde, celles et ceux qui refusent que le refus de bâtir tienne lieu de politique du logement.

2 – L’offre pèse-t-elle sur les prix ?

Ce que dit la littérature scientifique

La thèse centrale du Camp du Non tient en une phrase : « plus d’offre ne fait pas baisser les prix ». Examinons-la. Que dit réellement la littérature scientifique ?

Dès le début des années 2010, Jacques Friggit synthétisait les travaux disponibles[2] et constatait qu’ « à une augmentation de 1 % du parc de logements correspond une baisse de 1 à 2 % des prix ». Ce résultat est un peu rapidement qualifié, par ceux qui sont plutôt sceptiques sur le rôle d’une augmentation de l’offre[3], de « modeste » au regard de l’effort nécessaire qu’il représente (environ 400 000 logements par an à l’échelle nationale).
Pourtant, pour ceux qui sont habitués à analyser les marchés locaux de l’habitat, une augmentation de 1 % du parc existant n’’a rien d’un « choc » exceptionnel : c’est même un ordre de grandeur très proche du rythme annuel moyen d’augmentation du parc en France. Et surtout, ce rythme est fortement contrasté selon les territoires. Il peut atteindre 2 à 3 % dans des zones de forte production et être quasi nul ailleurs.
Si l’on suit l’observation de Friggit, un territoire qui construit à un rythme de 2% par an pendant dix ans pourrait voir ses prix baisser de 20 à 40%, toutes choses égales par ailleurs. Est-ce si anecdotique que cela ?

Admettons même que l’élasticité soit inférieure à ce que Friggit identifiait. Certaines études plus récentes trouvent un effet en deçà de 1%[4], et cela ne nous semble pas contraire à nos propres observations. L’effet reste significatif, cumulatif, et surtout : il joue dans le bon sens. L’alternative — ne pas construire — ne stabilise pas les prix. Elle les fait monter, mécaniquement, par la rareté.

Corrélation et causalité

On cite parfois les cas de de grandes métropoles régionales comme Lyon sous Gérard Collomb, ou Bordeaux sous Alain Juppé, pour soutenir que construction dynamique et hausse des prix vont de pair. C’est un sophisme classique. Les promoteurs ne construisent pas dans des quartiers dont les prix baissent. Ils construisent autant que possible là où la demande est en hausse, là où l’offre est insuffisante, et donc là où les prix montent. Ces prix montants sont précisément l’information critique dont ils ont besoin pour mesurer la qualité d’un emplacement et l’insuffisance de l’offre existante au regard de la demande.

Observer que les prix montent là où l’on construit ne signifie en rien que la construction en est la cause. C’est pourquoi les études empiriques sérieuses — celles d’Asquith, Mast et Reed (2023)[5], de Li (2022)[6], de Hilber et Vermeulen (2016)[7], de Büchler et al. (2018)[8] — cherchent à identifier des chocs de demande exogènes, indépendants des décisions locales d’urbanisme, pour isoler l’effet propre de l’offre.

Et que montrent ces études ? Qu’à choc de demande identique, les prix augmentent certes partout, mais qu’’ils augmentent beaucoup plus là où l’’offre est contrainte[9]. En Angleterre, dans le Sud-Est, les prix auraient été environ 25 % plus bas en 2008 — et sans doute 30 % plus bas en 2015 — si la région avait eu une réglementation aussi peu restrictive que le Nord-Est du pays. En Suisse, l’élasticité de l’offre est significativement plus faible dans les communes à réglementation restrictive, ce qui se traduit par une moindre capacité à absorber les chocs de demande. À San Francisco, le choc de demande s’est traduit par des évictions dans un contexte de construction très limitée.
Quant à Lyon et Bordeaux, ces villes ont connu simultanément une construction dynamique et une hausse des prix parce que la demande y a augmenté plus vite que l’offre, sous l’effet du phénomène de métropolisation, de l’évolution du marché du travail, de l’amélioration de l’accessibilité (TGV) et des politiques de requalification du centre-ville (avec des projets de transports en commun et d’espaces publics structurants).
Il faut ainsi bien comprendre qu’à Bordeaux, comme à Lyon, si l’on observe les prix du logement constatés avant et après ces grandes transformations, on ne compare pas le même “produit logement” : la qualité de l’emplacement a considérablement augmenté. Le prix au mètre carré monte, en partie parce que le “produit” s’est amélioré — les ménages arbitrent pour moins de surface dans un meilleur emplacement. C’est ce qui explique qu’un T3 à Paris est plus optimisé, spatialement, qu’un T3 à Lyon, lui-même plus optimisé qu’un T3 à Vierzon.

On ne peut pas déduire de ces observations que les prix montent lorsque les villes construisent beaucoup : on y construit parce que les prix montent ; et parce qu’on y construit, le tissu urbain se densifie, s’améliore, et fait monter la valeur réelle de l’emplacement, c’est-à-dire du sol.

Le cas Austin

On a beaucoup construit à Austin, au Texas, et les prix y ont baissé. Certains objectent que c’est essentiellement grâce à l’étalement urbain, et non à la quantité de logements construits. C’est un début d’explication, mais qui s’arrête précisément là où il faudrait continuer. Oui, dans l’aire urbaine d’Austin, une partie de l’offre a été produite en périphérie. Mais l’article de Jack Craver[10] insiste précisément sur le fait que beaucoup de projets se sont fait là où les blocages politiques ont été moindres. N’est-ce pas exactement ce que les YIMBY dénoncent ?

La construction va là où on la laisse aller. Quand on la bloque dans les zones denses et bien desservies, elle se reporte en périphérie. Au-delà du symptôme, il faut identifier la cause[11].

L’objection se retourne : « il est délicat de trouver des exemples de grandes villes où les préconisations des YIMBY permettent d’avoir des prix bas, une construction neuve très dynamique et un étalement contenu », nous dit Éric Charmes. Cette phrase dévoile, en creux, la thèse réelle du Camp du Non : la densification ne marcherait pas. Pourtant, les études empiriques convergent : à choc de demande identique, la construction contient les prix ; là où on la bloque, elle les fait monter plus franchement.

3 – Ce que porte le Camp du Oui

Nommer les obstacles intellectuels : déni de pénurie et scepticisme de l’offre

Les tenants du Camp du non sont représentatifs d’un courant intellectuel que l’économiste et essayiste Jerusalem Demsas a identifié avec précision en popularisant deux concepts complémentaires[12].

Le premier est le shortage senial — le déni de pénurie. Il ne consiste pas à nier que les prix montent, mais à refuser d’admettre qu’une cause fondamentale de cette hausse réside dans un manque d’offre, et à lui substituer des explications globales, abstraites, souvent morales : la spéculation, la finance, les investisseurs, les taux, Airbnb. Ces mécanismes existent. Mais le déni de pénurie commence quand on affirme que la quantité n’est pas le sujet.
Or ce déni n’est pas neutre. Car une fois que l’on a décrété que le problème du logement n’’est pas une question de pénurie mais de « mécanique spéculative », alors plus personne n’’est responsable localement. Les territoires qui devraient produire peuvent ne pas produire. Les PLUi qui referment les droits à construire deviennent secondaires. La rareté est naturalisée, externalisée. Le discours global offre une porte de sortie idéale aux acteurs locaux qui freinent ou s’opposent à la construction de logements — et catastrophique pour ceux qui en cherchent.

Le second concept est le supply skepticism — le scepticisme à l’égard de l’offre[13]. Ici, on admet qu’’il existe une pénurie, mais on doute que construire plus puisse réellement améliorer l’accès au logement. Ce scepticisme se reconnaît à une série d’arguments récurrents : « on a déjà beaucoup construit, sans résultats visibles » ; « construire provoque la gentrification » ; « construire plus n’aura pas d’effet sur les prix » ; « le problème n’est pas quantitatif mais qualitatif ».
Pris isolément, dans certains contextes géographiques précis, certains de ces arguments peuvent être des points de départ légitimes pour une discussion locale approfondie. Mais leur effet cumulatif dans le débat public est dévastateur : ils conduisent à douter systématiquement de l’efficacité de la première des solutions — augmenter le nombre de places là où l’offre est insuffisante. Et c’est précisément ce que produit le Camp du Non, de bout en bout : empiler les réserves, les mises en garde, les conditions, pour qu’à la fin, l’acte de construire apparaisse comme naïf, insuffisant, voire contre-productif.

Les tenants du Camp du Non diront qu’ils apportent de la « nuance ». Mais la nuance qui paralyse est fonctionnellement identique à l’opposition. Le résultat est le même : moins de logements, livrés plus tard, au mauvais endroit.

Le fantasme de la redistribution territoriale

Un argument revient, qui surplombe l’ensemble des raisonnements du Camp du Non : plutôt que de construire dans les métropoles, ne faudrait-il pas « encourager la demande dans les villes petites et moyennes » ?

Au-delà des « métropoles », ce paradigme est profondément anti-urbain. Il repose sur l’idée qu’il faudrait mieux planifier et répartir les personnes et les entreprises sur le territoire, comme s’il existait un deus ex machina capable de diriger les flux migratoires et les décisions d’implantation.

Mais les cartes de prix sont aussi des cartes de désirabilité. Les gens veulent davantage aller à Lyon qu’à Saint-Étienne, et les entreprises aussi. L’effet d’agglomération — qui fait que les villes sont productives parce qu’’elles sont denses, qu’elles concentrent l’’activité culturelle, les services, l’’innovation, les opportunités professionnelles — ne s’’annule pas par des discours souhaitant une homogénéisation de la répartition de la population sur le territoire. Il y a la liberté de s’installer, et nombre de familles ont fait le choix de s’éloigner un peu des villes, dans le périurbain.

Proposer comme solution à la crise du logement, et particulièrement du logement abordable, de rediriger la demande vers des territoires où elle n’existe pas, et où les prix sont donc bas, par définition, c’est refuser de traiter le problème là où il se pose, et même de le comprendre.
C’est aussi, implicitement, proposer une forme de planification centralisée des localisations des personnes et des entreprises qui n’’est ni réaliste, ni souhaitable, ni compatible avec les libertés fondamentales. Et qui, en attendant, nous permet de trouver une justification intellectuelle et idéologique au fait de ne pas répondre aux besoins en logements ici et maintenant.

Il est d’ailleurs étonnant et incohérent que les auteurs de ces théories résident et travaillent en général dans les grandes villes, et non dans les territoires où ils suggèrent de relocaliser populations et entreprises.

Ce que la carte de France des prix nous apprend

La carte de France des prix de l’immobilier est le document le plus parlant qui soit pour trancher ce débat. Elle nous dit trois choses:
– Premièrement, que tous les lieux ne se valent pas et que c’est eux, leurs qualités naturelles et leur urbanité qui fondent la valeur du sol et expliquent par là des écarts de valeur de terrains à bâtir qui vont de 1 à 50 sur le territoire français. Les prix de la construction, eux, varient bien moins.
Ainsi par exemple, un terrain à bâtir pour une maison dans les Vosges peut s’acheter 15 000 € contre 300 000 € à Annecy. Un rapport de 1 à 20, donc. Les prix des logements, eux, varient plutôt de 1 à 7 de Mirecourt (850 €/m²) à Annecy (6 000 €/m²). Le lieu, le sol, l’emplacement, ses qualités et son urbanité sont le 1er facteur d’explication des prix du logement.

– Deuxièmement, quand l’offre est trop importante par rapport à la demande, les prix s’effondrent — au point parfois d’atteindre des niveaux qui sont bien en dessous des coûts de construction eux-mêmes : 850 €/m² à Mirecourt, 1 000 €/m² à Vierzon et à Tulle. Pourquoi ces prix bas, inférieurs aux coûts de construction, même hors foncier ? Le sol peut-il avoir une valeur négative ? Certes certains lieux présentent peu d’attrait dans les conditions actuelles, l’état du bâti en vente peut nécessiter des travaux, mais nous devons également admettre que, dans ces lieux, l’offre est largement excédentaire au regard de la demande, ce qui est confirmé par des taux de vacance importants.
L’équilibre offre-demande est donc bien, lui aussi, fondamental dans la formation des prix de l’immobilier — et ce sont bien les prix dans l’ancien qui créent la référence, y compris pour le neuf et pour les promoteurs qui procèdent par compte à rebours à partir d’une référence créée par le marché de l’ancien[14].

– Troisièmement, les lieux où les prix dépassent 3 000, 5 000 ou 10 000 €/m² — soit une petite fraction du territoire — sont systématiquement caractérisés par une offre largement sous-dimensionnée au regard d’une demande importante, grandissante, largement sous-estimée. Les documents d’urbanisme y sont écrits pour organiser la rareté, sous l’effet d’un NIMBYisme local puissant. N’inversons pas les causes : la pénurie est la condition de la spéculation, pas l’inverse.

Le sol a-t-il une valeur et faut-il la confondre avec celle du logement ?

Plus généralement, ramener la fixation des prix fonciers à une pure logique de formation d’un prix immobilier sur un marché est hautement discutable. Dans bon nombre de grandes villes, hors d’Europe, les restrictions patrimoniales sont faibles et on peut facilement y augmenter l’offre dans les centres. On n’y observe donc pas de “prime de pénurie”. Cela n’empêche pas que les prix soient élevés.

Les discussions sur le prix du sol urbain ont été affaiblies par la matrice intellectuelle du foncier agricole qui imaginait des rendements et des prix stables et une « rente » revenant au propriétaire qui se trouvait posséder des terres dont il n’avait pas contribué à la valeur. En fait, la transaction immobilière repose sur la privatisation d’un bien qui possède une dimension systémique puisque, en dehors du bâtiment, il existe une valeur de localisation qui a été produite par l’ensemble de la société urbaine. Cette part du prix, celle de l’emplacement, reflète ce qui a été appelé en science économique externalité positive d’agglomération et qu’on peut généraliser en urbanité.

Une des caractéristiques des raisonnements du Camp du Non est qu’il ignore toute cette dimension du problème. La densité, la diversité et la masse sont les principaux paramètres de l’urbanité qui permettent largement de rendre compte de la valeur du sol urbain, indépendamment des variations conjoncturelles liées au marché immobilier et à la péréquation imparfaite des profits des différentes branches.
Mais pour le Camp du Non, tous les lieux, toutes les configurations se valent. On n’est donc pas surpris que tout argument qui relierait mode d’habiter, qualité urbaine et prix soit écarté.

Densification douce : le mode de production de logements le moins coûteux pour la collectivité

Vient ensuite une objection formulée dès l’époque du projet de densification douce BIMBY : la densification par relâchement des contraintes réglementaires produirait des « bénéfices privés » (pour les propriétaires qui font construire dans leur jardin) et des « coûts publics » (les équipements, infrastructures et réseaux que la collectivité devrait financer sans recette correspondante).

C’est une objection qui mérite d’être prise au sérieux — à condition de ne pas s’arrêter au premier étage du raisonnement. Car la densification douce, précisément parce qu’elle s’appuie sur des réseaux, des voiries et des équipements déjà en place, est de loin le mode de production de logements le moins coûteux pour la collectivité. Comparer le coût marginal d’un logement produit dans un tissu déjà équipé avec celui d’un logement produit en extension urbaine — avec ses voiries à créer, ses réseaux à tirer, ses écoles à bâtir, ses lignes de transport à inventer — c’est comparer un investissement incrémental à un investissement structurel. L’étalement urbain, lui, est le véritable gouffre de dépenses publiques. La densification en est l’antidote.

Quant aux « bénéfices privés » : oui, un propriétaire qui divise sa parcelle pour y faire construire un logement en tire un bénéfice. Mais le ménage qui accède ainsi à un logement bien situé, à un prix inférieur à celui du marché de l’ancien dans le même quartier, en tire également un bénéfice considérable. Et la collectivité, qui voit sa base fiscale augmenter sans investissement lourd, qui amortit mieux ses équipements existants, qui réduit la pression sur le transport individuel et qui évite de financer l’extension des réseaux en périphérie, en tire, elle aussi, un bénéfice net.

On inverse une nouvelle fois la réalité : ce n’est pas la densification qui crée des coûts publics sans contrepartie, c’est le refus de densifier qui impose à la collectivité le financement de l’étalement — la forme d’urbanisation la plus coûteuse qui soit, en investissement initial comme en fonctionnement.

Le nouvel habitant n’est pas un passager clandestin

Derrière l’objection des « coûts publics » se niche une idée, récurrente dans le discours du Camp du Non : celle du nouvel arrivant comme « passager clandestin ». Les nouveaux habitants viendraient profiter des équipements, des espaces verts, des écoles, du cadre de vie que les résidents en place ont « financé » et « construit » — sans y avoir contribué.

Sylvain Petitet use de cette métaphore du passager clandestin[15], qui est doublement problématique. D’abord, elle est factuellement inexacte. Un nouvel habitant paie des impôts locaux, consomme dans les commerces de proximité, contribue à la vie économique et sociale du quartier. S’il a fait construire sa maison pour s’installer, il a payé son logement au prix du marché, il a honoré le paiement d’une taxe d’aménagement, il a consenti à des droits de mutation, et paye une taxe foncière, en plus d’avoir fait approuver par les services du droit des sols son permis de construire, lequel s’exerce sur un terrain qui a préalablement été divisé et autorisé par l’administration via une déclaration préalable de division ou un permis d’aménager. Il n’est pas un passager clandestin : il est un contributeur net à un tissu urbain dont la vitalité dépend précisément du renouvellement de sa population. Une commune qui se referme sur ses résidents en place est une commune qui vieillit, dont les commerces ferment, dont les écoles se vident, dont les services se dégradent — et dont les coûts par habitant augmentent mécaniquement.
Ensuite, et plus fondamentalement, cette métaphore révèle la nature profonde du NIMBYisme : l’’idée que l’espace urbain serait une propriété collective des résidents actuels, dont l’accès devrait être contrôlé, rationné, soumis à conditions : un club privé en quelque sorte où les nouveaux arrivants devraient être agréés par les résidents actuels. C’est l’exact contraire du principe républicain de liberté d’installation et d’’égalité d’’accès aux services publics.

Les équipements d’’une commune ne sont pas le patrimoine exclusif de ceux qui y résident aujourd’hui. Ils ont été financés par des décennies de contributions collectives — y compris celles d’habitants qui, eux-mêmes, étaient un jour des « nouveaux arrivants ». Refuser de faire de la place aux suivants au motif qu’ils n’auraient pas encore contribué, c’est confondre la ville avec un droit de propriété collectif et transformer le PLU en outil de cooptation sociale.

La densification au service de l’écologie

De fait, le Camp du Non suggère que le lien entre densité et vertu écologique doit être remis en question. On y évoque le « renouveau des mouvements néo-ruraux » et les scénarios de l’ADEME qui envisagent de réduire la construction neuve à moins de 100 000 logements par an, voire à zéro après 2040. Et l’on peut entendre, de plus en plus fréquemment, et en particulier chez certains professionnels de l’urbanisme, que la densification menacerait les jardins, la nature en ville et, in fine, la biodiversité.

Il faut ici être très clair sur ce que ces scénarios et ces présupposés impliquent. Appliquer la logique du « construire moins mais mieux » aux territoires en forte tension, c’est exactement fabriquer la crise que nous vivons. On a vu, lors des municipales de 2014 et de 2020, plusieurs candidats proposer une forte baisse des volumes de construction, voire l’instauration de moratoires. Ces élus ne se sont pas posé une question pourtant fondamentale : si l’offre baisse là où la demande est forte, quelle autre conséquence que la rareté peut-on en attendre ? Avec son double corollaire : la hausse des prix dans les secteurs rationnés et, en dehors, des effets de report et d’étalement urbain et d’artificialisation renforcés ?
Appliquées au logement en secteur tendu, les idées de sobriété et de frugalité — aussi respectables soient-elles dans d’autres domaines — aggravent les difficultés de façon considérable. Elles reviennent à opposer l’écologie au logement, alors que les deux sont parfaitement compatibles si l’on accepte le principe de la densification.
L’argument soi-disant écologique contre la densification douce repose sur un présupposé rarement questionné : que les grands jardins pavillonnaires seraient des réservoirs de biodiversité qu’il faudrait protéger. C’est cette vision que l’on retrouve dans les rapports de l’APUR sur la ville pavillonnaire du Grand Paris[16], dans les prises de position de Patrick Ollier à la Métropole du Grand Paris, et dans la mise sous cloche croissante des tissus pavillonnaires par les PLUi — comme à Plaine Commune ou à Bordeaux Métropole, où les règlements interdisent de facto la densification douce.

Or, que disent réellement les travaux scientifiques ?
Thomas Hanss a conduit une méta-analyse de 13 études empiriques sur les interactions entre densité, densification et biodiversité urbaine[17]. Les résultats sont sans ambiguïté — et souvent contre-intuitifs.
Les grands jardins ne sont pas davantage support de biodiversité que les petits. Les travaux de Hanson et al. (2021)[18] montrent que 86 % de la surface des grandes parcelles est occupée par des pelouses — des milieux monospécifiques, écologiquement pauvres, inaptes à stocker l’eau et vulnérables aux épisodes caniculaires. C’est d’ailleurs ce que constate l’’APUR : « les jardins des tissus pavillonnaires sont dominés par la présence de pelouses ou gazons […], un milieu monospécifique, donc sans diversité, et donc un sol écologiquement pauvre ». La raison en est simple : la contrainte d’entretien est le premier facteur qui détermine l’aménagement d’un jardin. Plus il est grand, plus le jardinier simplifie — et la pelouse est la solution la plus simple[19].
À l’inverse, la densification peut renforcer la biodiversité urbaine. Les travaux de Varet et al. (2023) dans la métropole de Rennes[20] démontrent que les secteurs densifiés présentent des assemblages d’arthropodes (bio-indicateurs) similaires à ceux des secteurs non densifiés, tout en accueillant davantage d’habitants. Knapp et al. (2012)[21] montrent à Minneapolis que le nombre d’espèces végétales spontanées par hectare augmente avec le gradient de densité urbaine. Même à Paris intra-muros, Mimet et al. (2020)[22] découvrent que les jardins privés, bien que minuscules et fragmentés, contribuent pour près de 50 % à la disponibilité d’habitat pour les pipistrelles.
Le mécanisme est au fond très simple : la densification douce adapte la taille du jardin à la capacité réelle du jardinier. Or c’est précisément cette adéquation qui permet une pratique du jardin intense, soignée, favorable à la biodiversité — par opposition à la gestion extensive et appauvrie des grands terrains[23]. Joseph Chauffrey, jardinier permaculteur à Sotteville-lès-Rouen, l’exprime parfaitement : sur une parcelle de 255 m², dont il ne cultive que 50m² (le reste étant occupé pour 105 m² par l’emprise bâtie de son habitation, par les espaces de circulation, de terrasse et d’annexes), il produit plus de 300 kg de fruits et légumes par an et a transformé un jardin initialement composé d’une pelouse rase, de thuyas et de lauriers taillés en un écosystème riche. Sa conclusion : « cette transformation n’a été possible que parce que mon jardin était petit »[24].
De surcroît, la densification crée du linéaire de nouvelles limites séparatives — support pour des haies urbaines qui constituent le premier maillage d’un « bocage pavillonnaire » propice à la biodiversité. Elle produit des gabarits bâtis adaptés aux toitures végétales efficaces — Barra et al. (2021)[25] montrent une corrélation négative entre la surface de la toiture et sa capacité à être support de biodiversité et MacIvor et al. (2016)[26] établissent un seuil de quatre étages au-delà duquel les toitures végétalisées perdent leur utilité pour les espèces nicheuses. Elle invite à végétaliser les façades, à utiliser le microclimat créé par le bâti au profit des cultures (les murs à pêches de Montreuil en sont l’exemple historique), et à transformer l’espace public.
Et pendant ce temps, que se passe-t-il dans les jardins qu’’on ne densifie pas ? L’étude conduite par Thomas Hanss à Montfermeil sur 335 parcelles entre 2013 et 2023[27] apporte une réponse édifiante : la part des jardins dominés par la pelouse est restée stable à environ 70 %, celle des potagers a chuté de moitié (de 9 % à 4 %), et les surfaces minéralisées ont progressé (de 11 % à 16 %). Le vieillissement des propriétaires conduit à une simplification continue des aménagements. Laisser les grands jardins en l’état, ce n’est pas préserver la biodiversité : c’est assister passivement à son appauvrissement.
À l’échelle globale, les travaux du groupement d’experts PatriNat sont limpides[28] : les points chauds de biodiversité ne se situent pas dans les environnements urbains, et l’enjeu principal de l’urbanisation pour la biodiversité est de limiter son extension — c’est-à-dire de densifier plutôt que d’étaler. C’est le principe du land sparing : concentrer l’occupation humaine pour épargner les milieux naturels. La densification est la traduction opérationnelle de ce principe appliqué à l’urbanisme.

Opposer densification et écologie est l’argument le plus commode du Camp du Non : celui qui permet de draper dans l’intérêt général (la protection de la nature) ce qui relève en réalité de la protection du statu quo (le maintien du cadre de vie des résidents en place). C’est exactement le mécanisme NIMBY que la tribune des Échos décrit : « sous couvert de vertu environnementale, le Camp du Non aggrave la crise du logement ».
Mais la densification est aussi un projet social. Refuser de densifier les quartiers bien desservis, bien dotés en emplois, en services, en commerces, en transports, c’est réserver ces emplacements à ceux qui y sont déjà. C’est organiser le séparatisme territorial. C’est fabriquer une ville-musée pour les uns et repousser les autres toujours plus loin, dans des périphéries mal connectées, où ils dépendront de la voiture et subiront des temps de trajet qui dégradent leur qualité de vie.

Les YIMBY ne proposent pas de bétonner les potagers, comme l’insinuent certains. Ils proposent que la qualité urbaine — celle qui fait monter les prix quand elle est rendue rare par des blocages contre-productifs — soit partagée avec davantage d’habitants au lieu d’être captée par une minorité de résidents en place.
Plantons des arbres. Jardinons nos potagers. Densifions nos haies. Et construisons des logements. Les uns ne s’opposent aux autres que dans l’esprit de ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change.

Écologie globale et générosité spatiale

Derrière la « crise du logement » se cache en réalité un affrontement entre deux visions du monde. Le Camp du Oui, tel qu’’il s’’est exprimé dans la tribune des Échos, n’est pas un bloc monolithique idéologique. C’est une alliance nécessaire entre des citoyens, des acteurs qui construisent les territoires au quotidien et d’autres qui les analysent avec rigueur. Cette coalition s’oppose en particulier à un nombre grandissant de « bien logés » – qu’ils soient riverains ou membres d’institutions remettant en cause l’utilité de construire – qui multiplient les obstacles à l’accueil de nouveaux habitants. Elle défend, au contraire, une écologie de l’abondance et de l’hospitalité.

Car il faut nommer précisément le fond de l’affaire. Le Camp du Non défend, souvent sans le formuler ouvertement, trois convictions qui forment un système. La première est étatiste et centralisatrice : elle entend dicter aux acteurs et aux Français où vivre, comment habiter et à quelle densité, contre leurs choix effectifs qui s’expriment dans les marchés locaux du logement. La deuxième est un malthusianisme économique : la rareté est considérée comme horizon désirable, au mépris des dynamiques qui font la vitalité d’une économie de l’accueil, de l’investissement et du renouvellement de la population. La troisième est une pensée anti-urbaine, méfiante à l’égard des grandes villes et de la métropolisation, qui plaide pour rediriger la demande vers des territoires où elle n’existe pas plutôt que de répondre aux besoins là où ils se posent.

Ce système idéologique contribue en réalité à produire cette injustice spatiale majeure qui alimente les fractures sociales de notre pays, et dont les effets écologiques sont considérables :  étalement urbain, atteinte à la biodiversité, hausse des émissions de CO liées aux mobilités du quotidien. Le Camp du Oui cherche une issue positive aux dynamiques en cours en croisant toutes les dimensions : la mobilité, la géographie, l’urbanisme et l’économie. Nous refusons de laisser l’écologie instrumentalisée pour défendre des rentes territoriales. L’abondance n’est pas une fin en soi, c’est le moyen de garantir le droit à l’urbanité et l’accès à la nature pour tous. Mais aussi d’adapter et de transformer nos territoires au regard des enjeux environnementaux du siècle. Le mouvement YIMBY France est né pour porter cette parole de progrès, d’écologie globale et de générosité spatiale contre le repli et la rareté.

Références

[1] YIMBYism continues to gain sway with latest Mamdani hires.
[2]Friggit, « Construction et prix immobilier », accessible en ligne sur le site du CGEDD.
[3] Voir dans Fonciers-en-débat l’article d’Eric Charmes, 2026 ou encore de Yann Gérard, 2026
[4]Mense, 2023, Secondary Housing Supply, Geography and Environment Discussion Paper series n°40
[5]Asquith, Mast et Reed, 2023.  « Local Effects of Large New Apartment Buildings in Low-Income Areas », The Review of Economics and Statistics, 105(2) : 359-375. Les auteurs montrent, sur 11 grandes villes américaines, qu’un immeuble augmentant de 37 % le stock locatif dans un rayon de 250 mètres est associé à des loyers 5 à 7 % plus faibles que dans les quartiers témoins.
[6]Li, 2022. Do New Housing Units in Your Backyard Raise Your Rents? Journal of Economic Geography, 22(6) : 1309-1352.
[7]Hilber et Vermeulen, 2016.  The Impact of Supply Constraints on House Prices in England , The Economic Journal, 126(591) : 358-405. Les auteurs estiment que sans contraintes réglementaires fortes, les prix en Angleterre seraient environ 16 % plus bas.
[8]Büchler, von Ehrlich et Schöni, 2018.  Comment l’offre de logements réagit-elle aux variations de prix ?, La Vie économique  3 /2018. Les auteurs montrent que la croissance des loyers est significativement plus forte dans les communes suisses à réglementation restrictive.
[9]Wiebe, 2026. « Gentrification and displacement », Building Abundance, Substack: synthèse de la littérature empirique internationale sur les effets des chocs de demande et d’offre de logement. Wiebe compare notamment des territoires exposés au même choc de demande exogène mais présentant des niveaux différents de contraintes réglementaires.
[10]Craver, 2025, « The sprawl apartment boom: Affordable apartments in Austin are often barely in Austin», austinpolitics.net
[11] Glaeser & Gyourko, 2018. The Economic Implications of Housing Supply » Journal of Economic Perspectives, 32(1) : 3-30 — montrent que les restrictions de zonage dans les zones denses reportent la croissance vers les périphéries moins contraintes.
[12] Demsas, 2022. Housing Breaks People’s Brains », The Atlantic. Demsas identifie deux biais structurants dans le débat public sur le logement. Le premier, le shortage denialism (déni de pénurie), désigne le refus de reconnaître l’existence même d’une pénurie de logements. Le second, le supply skepticism (scepticisme à l’égard de l’offre), désigne la croyance — contredite par les données empiriques — selon laquelle construire davantage ferait monter les prix plutôt que les faire baisser ; ce concept est issu d’une étude de Clayton Nall, Chris Elmendorf et Stan Oklobdzija (Université de Californie) que Demsas cite et popularise dans cet article.
[13] Been, V., Ellen, I. G., & O’Regan, K., 2019.  Supply Skepticism: Housing Supply and Affordability, Housing Policy Debate, 29(1) : 25-40. Les auteures examinent les principaux arguments des sceptiques à l’égard de l’offre et les confrontent aux données empiriques disponibles, concluant que la construction de nouveaux logements modère les hausses de prix et améliore l’accessibilité pour les ménages à revenus faibles et modérés, tout en soulignant que le logement neuf est nécessaire mais non suffisant. En 2024, la même revue a consacré un dossier complet au sujet, avec notamment un article des mêmes auteures intitulé Supply Skepticism Revisited, Housing Policy Debate, vol. 35, n°1, p. 96-113, qui actualise la démonstration à la lumière de la littérature empirique produite depuis 2019.
[14] Gérard, 2022. « Promotion immobilière : Le mirage du choc d’offre », Fonciers en débat. décrit avec justesse le mécanisme du compte à rebours par lequel les promoteurs déterminent le prix du foncier à partir des prix de marché de l’ancien.
[15] Petitet, 2013. Densifier l’habitat pavillonnaire : des démarches individuelles aux projets collectifs , Metropolitiques
[16] Blancot, Ch., J. Bigorgne, L. Lepage et M. Wolf, 2023. La ville pavillonnaire du Grand Paris : enjeux et perspectives. Paris : Atelier parisien d’urbanisme (Apur) p. 22. L’APUR constate que « les jardins des tissus pavillonnaires sont dominés par la présence de pelouses ou gazons […] un milieu monospécifique, donc sans diversité, et donc un sol écologiquement pauvre », en contradiction avec ses propres recommandations de préservation.
[17]Hanss Th., 2024. Épargner et partager : les deux clés qui peuvent faire de la densification douce un outil au service du renforcement de la biodiversité, conférence au colloque Organic Cities, Sciences Po Paris, 19 janvier. Méta-analyse de 13 travaux de recherche empirique sur les interactions densité-densification-biodiversité.
[18] Hanson H. I., Eckberg E., Widenberg M., Olsson J. A., Gardens’ contribution to people and urban green space, Urban Forestry & Urban Greening, Vol. 63. L’étude montre que 86 % de la surface des grandes parcelles est occupée par des pelouses.
[19]Loram, A., Thompson, K., Warren, P. H., & Gaston, K. J., 2008. Urban domestic gardens (XII): The richness and composition of the flora in five UK cities. Journal of Vegetation Science19 : 321‑330. Voir aussi  Davies Z. G. et al.,2009. « A National Scale Inventory of Resource Provision for Biodiversity within Domestic Gardens », Biological Conservation 142(4) : 761‑771
[20]Varet, M., Burel, F., & Pétillon, J., 2013. Can urban consolidation limit local biodiversity erosion? Responses from carabid beetle and spider assemblages in Western FranceUrban Ecosystems, 17, p. 123‑137. Les auteurs constatent que les assemblages d’arthropodes (bio-indicateurs) sont similaires dans les secteurs densifiés et non densifiés.
[21]Knapp, S., Dinsmore, L., Fissore, C., Hobbie, S. E., Jakobsdottir, I., Kattge, J., King, J. Y., Klotz, S., McFadden, J. P., & Cavender-Bares, J., 2012. Phylogenetic and functional characteristics of household yard floras and their changes along an urbanization gradientEcology, 93(sp8).  Le nombre d’espèces végétales spontanées par hectare augmente avec le gradient de densité urbaine.
[22]Mimet, A., Kerbiriou, C., Simon, L., Julien, J.-F., & Raymond, R., 2020. Contribution of private gardens to habitat availability, connectivity and conservation of the common pipistrelle in Paris. Landscape and Urban Planning193, 103671. Les jardins privés de Paris intra-muros, bien que minuscules et fragmentés, contribuent pour près de 50 % à la disponibilité d’habitat pour les pipistrelles.
[23]Mata, L., Hahs, A. K., Palma, E., Backstrom, A., Johnston, N., King, T., Olson, A. R., Renowden, C., Smith, T. R., Vogel, B., & Ward, S, (2023. Large positive ecological changes of small urban greening actionsEcological Solutions and Evidence4(3). Sur une micro-parcelle de 250 m², la suppression de la pelouse et la plantation d’espèces vivaces ont multiplié la biodiversité par 7 en 3 ans.
[24] Hanss Th., 2025.« Jardins en ville et biodiversité : tout n’est pas qu’une question de taille », Le guide des villes vivantes
[25] Barra M., H. J. (coord)., 2021. Écologie des toitures végétalisées – Synthèse de l’étude GROOVES (Green roofs verified ecosystem services). In Institut Paris Région, Agence Régionale de la Biodiversité (p. 92). Corrélation négative entre la surface de la toiture et sa capacité à être support de biodiversité.
[26]Maclvor, J. S., 2016. Building height matters: nesting activity of bees and wasps on vegetated roofs. Israel Journal of Ecology and Evolution62(1-2) : 88‑96.  Seuil limite de quatre étages au-delà duquel les toitures végétalisées perdent leur utilité pour les espèces nicheuses.
[27] Hanss Th., 2024. Étude comparative de l’usage dominant du sol de 335 parcelles à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), 2013-2023, conférence au colloque Organic Cities, Sciences Po Paris. La part des potagers a chuté de 9 % à 4 %, les surfaces minéralisées ont progressé de 11 % à 16 %, les pelouses sont restées stables à ~70 %.
[28]Suarez, P., L., 2023. Croisement des enjeux de biodiversité et des pressions pour l’évaluation du réseau d’aires protégées métropolitain terrestre. In PatriNat (OFB-MNHN-CNRS-IRD) (p. 78). Les points chauds de biodiversité ne se situent pas dans les environnements urbains ; l’enjeu principal est de limiter l’extension urbaine. Voir également : Cherrier, P., O., 2021. Cartographie des pressions anthropiques en France continentale métropolitaine – Catalogue pour un diagnostic du réseau d’espaces protégés. In UMS PatriNat (OFB/CNRS/MNHN) (p. 110). Voir aussi Léonard, W., L., 2020. Représentativité et lacunes du réseau d’aires protégées métropolitain terrestre au regard des enjeux de biodiversité. In UMS PatriNat (p. 81).

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