La ségrégation urbaine [Marco Oberti et Edmond Préteceille]

éd. LaDécouverte, coll. « repères », 2016.

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Destiné aux étudiants et aux personnes souhaitant disposer d’un état des connaissances sur la ségrégation urbaine, cet ouvrage est écrit par deux des meilleurs spécialistes du sujet. Il faut notamment recommander la lecture de ce livre clair à ceux qui auraient été convaincus par les thèses développés par Éric Maurin dans Le Ghetto français, thèses dont la faiblesse est ici soulignée.

Le livre s’organise autour de trois parties. Dans la première, intitulée « Caractériser la ségrégation », les auteurs, dans la continuité des travaux précédents d’Edmond Préteceille, plaident pour ne pas se focaliser uniquement sur les quartiers où se concentre la pauvreté mais sur l’ensemble de la ville, notamment parce que les mécanismes de ségrégation doivent beaucoup à l’entre-soi des plus aisés. Par ailleurs, sans nier la réalité des situations de spécialisation sociale de l’espace, les auteurs insistent à juste titre sur l’importance des situations de mélange social. Celles-ci sont beaucoup plus nombreuses que les discours dominants le laissent entendre. En outre, même dans les quartiers les plus ségrégés, l’homogénéité reste loin d’être totale.

Dans la seconde partie, intitulée «Les causes de la ségrégation », l’analyse des logiques propres aux marchés immobiliers occupent évidemment une grande place et les auteurs prennent soin de montrer que celles-ci sont très différentes d’une ville à l’autre et d’un quartier à l’autre. Elles ne sont en outre pas seules en cause. Les politiques, règles et régulations, sont également déterminantes, de même que l’environnement social.

Enfin, la dernière partie intitulée « Les effets de la ségrégation » souligne l’importance de bien distinguer la ségrégation des inégalités. Dans certains cas (certes particuliers), la concentration de populations modestes peut aider à contrer les inégalités (notamment en aidant à la constitution de bases de mobilisation poli- tique permettant d’infléchir les

politiques en leur faveur). Quoi qu’il en soit, le livre montre bien la multiplicité des effets de la ségrégation et la difficulté qu’il y a à comprendre leur combinaison. Le livre se conclut sur la nécessité de « mener des recherches empiriques et systématiques sur des espaces précisément définis » pour qui veut comprendre la ségrégation et éventuellement y remédier.