La politique agricole commune [Jean-Christophe Bureau et Sophie Thoyer]

La Découverte, collection « Repères », 124 p., 2014.

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L es auteurs proposent une vision d’ensemble de la poli- tique agricole commune facilement accessible pour des non spécialistes, alors que le sujet est pourtant particulièrement abondant, complexe et technique. Ils retracent son historique depuis de Traité de Rome de 1957, qui en a fait la première et la plus importante des politiques communes européennes jusqu’à la réforme de 2014. La Commission voulait que cette réforme soit ambitieuse mais, du fait de la codécision avec le Parlement européen et du poids des lobbies agricoles et agroalimentaires, elle « ne change pas fondamentalement la situation ». La vraie rupture avait été faite en 1992 avec le basculement de prix garantis et élevés (c’est le consommateur qui payait) à des aides directes (c’est le contribuable qui paye), renforcée par l’Agenda 2000 qui a fixé des objectifs de développement rural. La réforme de 2014 se caractérise par : (i) une portion congrue donnée au « vert » (les obligations environnementales pour obtenir une aide qui dépasse le niveau de base sont faciles à remplir) ; (ii) par une légère diminution des inégalités entre agriculteurs (les inégalités persistent : selon la Commission 1 600 exploitations ont reçu plus de 500 000 euros du contribuable en 2012) et (iii) par une liberté accrue donnée à chaque État pour déci- der de l’application de la PAC (qui s’impose tant est grande l’hétérogénéité des États membres).

Les questions théoriques d’écono- mie sont traitées rigoureusement, dans une présentation assez simple pour un non initié. Les auteurs montrent comment la réforme de la PAC a été inspirée par la théorie dominante (« main stream »), bien que le fort interventionnisme qui persiste soit contraire à l’idéologie libérale de cette théorie. Certains aspects concernant le foncier et le territoire sont soulevés par les auteurs, comme la patrimoniali- sation des quotas de production (exemple du sucre), l’inefficacité du gel des terres, des spécialisations artificielles de certains États ou régions (l’huile d’olive ou le coton en Grèce, Italie et Espagne).