Les sols au coeur de la zone critique : enjeux de société [Guillaume Dhérissard]

(dir.), ISTE Editions, juin 2018, 148 p.

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L’ouvrage est un ensemble d’articles écrits par des agronomes, écologues, juristes et paysagistes à la recherche de cet objet difficile à identifier : le sol. La plupart d’entre eux sont membres de l’Académie d’agriculture de France, ce qui explique que les points de vue agronomiques dominent. Cet ouvrage s’inscrit dans une série consacrée aux sols, dont les cinq autres volumes, sous le même titre Les sols au cœur de la zone critique abordent d’autres aspects de l’étude des sols (fonctions et service, qualité et circulation de l’eau, dégradation et réhabilitation, écologie des sols). Ce sont les sols agricoles et les terres arables dans les territoires qui sont principalement étudiés ici, dans une optique de leur gouvernance par les parties prenantes, incluant les chercheurs et les acteurs en charge de leur gestion. Le dialogue multi-acteurs, en particulier science/société, basé sur un co-diagnostic, est à la base des démarches proposées et illustrées par des études de cas, pour promouvoir une gestion durable des systèmes de production agricoles. Si les besoins de l’urbanisation sont reconnus, elle doit changer de cap a n de « faire cesser la sur consommation de sols agricoles » (p. 21). Mais les pratiques agricoles doivent aussi changer pour être plus favorables à une bonne qualité biologique des sols. Retenons, parmi les apports de l’ouvrage, que l’accaparement de terres des pays en développement est surestimé par des ONG et des médias, les estimations d’il y a quelques années étant fortement revues à la baisse, une fois estompés les effets d’annonce. L’explication du phénomène par le « syndrome de rareté » des terres cultivables est insuffisante : après la crise financière de 2008, «toutes sortes d’acteurs de la finance et de l’agroalimentaire – fonds de retraite, fonds spéculatifs, etc. – ont abandonné les marchés dérivés, et considèrent que les terres agricoles sont devenues un nouvel actif stratégique » (p. 30). Retenons également que le sol constitue un« étrange objet de droit », même lorsqu’on distingue le sol « sur- face » du sol « matière » : il y aurait donc une « dualité du sol, à la fois concret – fonds de terre – et abstrait – surface » (p. 51-52). Mais l’absence de définition juridique du sol en France (bien qu’il soit inscrit dans le titre V du livre V du code de l’environnement), contrairement à l’Allemagne ou à la Suisse par exemple, entraîne son absence de protection par le droit. Une évolution de ce statut juridique est nécessaire, en particulier en tant que milieu naturel et patrimoine commun, point de vue sur lequel l’auteur paysagiste insiste également. Cette évolution supposerait une clarification de l’objet « sol », source de la fertilité de l’agriculture (qui « l’exploite »), agent essentiel du cycle des éléments naturels (eau, azote, carbone), de régulation écologique à travers ses fonctions épuratrices (grâce à sa flore et à sa faune), élément essentiel de la biodiversité (le sol est l’élément où on trouve le plus d’espèces vivantes par mètre cube), surface constructible (rien n’est « hors sol »). Ces points de vue sur le sol coexistent dans les sept chapitres de l’ouvrage. Certes, c’est une coexistence pacifique, ce qui aurait été moins le cas si les urbanistes et planificateurs urbains avaient pu exprimer leur position, mais sans franchisse- ment des frontières – ou des barrières : l’ouvrage montre que, sur la question du sol, chacun reste dans son pré-carré